La croix, oui, la croix est le signe de cette mort infamante de Jésus. Mais la croix ne doit toutefois pas prévaloir sur le Crucifié ! Ce n’est pas la croix qui rend grand celui qui y est pendu, mais c’est Jésus qui rachète et donne sens à la croix, de sorte que tous les hommes qui connaissent cette situation de souffrance et de honte, de malédiction et d’anéantissement puissent trouver Jésus à leur côté. Pour moi, la réalité de toute croix est une énigme, que Jésus fait devenir mystère : dans un monde injuste, le juste ne peut qu’être rejeté, persécuté, condamné. Jésus - parce qu’il a voulu “rester juste”, solidaire avec les victimes- a dû connaître ce choc de l’injustice du monde contre lui. Je comprends alors que la passion-mort de Jésus est un évènement de gloire pour Lui : la gloire de celui qui a aimé jusqu’à la fin, la gloire de celui qui meurt condamné pour avoir cherché à raconter, à travers son existence, que Dieu est miséricorde, qu’il est amour. La croix : le lieu où Jésus a rendu Dieu “bonne nouvelle” pour tous les pêcheurs !
Je suis appelée en ce jour, à apprendre à soutenir le scandale de la croix, sans rejeter les fautes sur l’autre, certaine que la croix de chaque juste met en évidence une raison pour laquelle il vaut la peine de donner sa vie. Car ce n’est que si j’ai une raison pour laquelle il vaut la peine de donner sa vie que j’ai aussi une raison pour laquelle il vaut la peine de vivre.
C’est très beau ce que tu viens d’écrire Annick. Les mots sont encore plus justes et choisis que d’habitude !
“Ce n’est pas la croix qui rend grand celui qui y est pendu, mais c’est Jésus qui rachète et donne sens à la croix” : comme c’est vrai, incontournable et fondateur…
La Croix en elle-même est un outil de torture et de mort, et à ce titre elle fait honte à l’humanité. Il fallait la toute puissance de Dieu, le tout amour de Jésus pour transformer cette “énigme” en “mystère”, pour que l’on puisse sans honte porter ce signe avec fierté, avec confiance, avec foi dans sa capacité à nous rappeler que c’est une voie de bien, d’amour, de relations attentives qu’il nous est demandé de suivre.
Ce clip est à la fois monstrueux et superbe… par delà l’horreur, il peut y avoir l’espoir. Mais ce n’est pas n’importe quelle horreur ou souffrance (en soi la souffrance n’a rien de bon, elle n’est pas à rechercher à mon avis) ; “ce n’est que si j’ai une raison pour laquelle il vaut la peine de donner sa vie que j’ai aussi une raison pour laquelle il vaut la peine de vivre” écris-tu avec tant de justesse : c’est une horreur ou une souffrance qui nous ouvre aux autres.
Depuis une semaine, l’actualité nous renvoie à proximité un exemple d’horreur et de souffrance qui pose la question de l’euthanasie. Comment ne pas rejoindre ces deux sujets ? Comment ne pas rechercher par ce Vendredi Saint une réponse à cette question si difficile, si intime, si humaine ?
Le commentaire de Miss 14 du 20 mars concernant Madame Sebire m’a provoqué des remouds !
La mort fait parler d’elle. Il est fondamental de trouver la délicatesse des mots, car la douleur est là. Comment répondre aux différentes situations de fin de vie ?
D’abord rien ne peut suppléer à la conscience personnelle. Certes, le débat en équipe, la parole du patient, l’écoute de la famille sont essentiels. Demeure qu’à un moment il faut trancher. Et non se retrancher -ni derrière la loi, ni davantage derrière le “désir” du patient. Choisir, afin de répondre de la dignité inaliénable de l’autre, du malade, du mourant. Ensuite, la société fabrique un mythe : le “droit à la santé”, la “qualité de la vie”. La qualité de vie, c’est comme les vœux du nouvel an : chacun de nous les décline à sa façon. Est-ce pouvoir marcher ? Parler ? Se nourrir ? Travailler ? Comment dire une commune référence ?
Certaines altérations du corps ou des capacités mentales sont tellement contraires à l’image idéale de l’homme qu’il paraît (tant qu’on est en bonne santé) préférable de mourir que d’en être atteint. Mais cela même invite à s’interroger sur l’origine des demandes de mort. Comment celles-ci ne seraient-elles pas renforcées, ou même suscités, par les peurs, les doutes et parfois les réactions de répulsion de l’entourage, ainsi que par des campagnes d’opinion ?
Et comment juger du caractère “insupportable” d’une fin de vie, alors que l’on sait qu’une telle appréciation est aujourd’hui faite lorsque, une fois la mort annoncée, le malade continue à vivre plus longtemps que prévu ? Insupportable pour qui ? Pour la famille et l’équipe soignante, projetant cette souffrance sur le malade lui-même ? On parle aussi de consentement. Consentement de qui ? Du malade. Mais on peut s’interroger sur “l’authenticité” et le caractère strictement personnel de cette demande dans les cas où l’entourage ne supporte plus la longueur de la “fin de vie”.
Comment déterminer les cas rares ? Le droit peut-il définir l’exception ? Quelle difficulté d’instruire dans le droit des limites, dès lors que le repère majeur qu’est l’interdit du meurtre est remis en question.
Plus inquiétant encore, le Comité consultatif national d’éthique a approuvé l’euthanasie dans le cas où “la personne irrémédiablement privée de capacités relationnelles a demandé à ne pas voir sa vie prolongée”. On a vite fait d’affirmer cette perte de capacités relationnelles. Et la “démence” fait peur. Bien des personnes en bonne santé en viendraient à signer de tels “testaments de vie “! si ceux-ci étaient légalement reconnus et faisaient place à la demande de mort. Une pression sociale s’instaurerait sans doute à ce propos ; ce qui permettrait de mettre fin à la vie lorsque la personne ne serait plus à même d’exprimer un jugement, même en l’absence d’une véritable souffrance. Combien de fois n’entendons-nous pas désormais des personnes avancées en âge ou dans la maladie ou en invalidité dire : “Je ne sers plus à rien ; je suis devenu un poids pour vous et pour la société.” Allons-nous approuver leurs propos et pousser ainsi “délicatement” vers la mort ? Il vaut mieux qu’il meure !
.
L’euthanasie représenterait un complément des soins palliatifs. Un tel raisonnement est illusoire.
Les soins palliatifs, discipline médicale, doivent être développés, le seul problème réside dans l’affectation de ressources suffisantes. Quant aux professionnels de santé et à ceux qui se rendent proches des grands malades, ils peuvent, eux aussi, éprouver les émotions les plus diverses (des réactions peuvent être intenses et aller jusqu’au souhait de la mort) au contact de corps altérés par la maladie, les séquelles des traitements médicaux ou la grande vieillesse. C’est un engagement de leur personne qui est alors requis, un sens aigu de la compassion et de la solidarité, une conscience de la valeur de toute personne humaine, quelles que soient les altérations qu’elle a subies et les doutes qui l’assaillent sur le sens des jours qui lui restent à vivre. L’interdit du meurtre est alors le mur auquel chacun peut s’adosser pour résister à la violence de ses sentiments qui agitent le cœur humain en de telles circonstances. Mais pour être opérant et remplir sa fonction, l’interdit doit être posé fermement par la société et intériorisé par chacun de ses membres
Sans un tel ressort, comment faire face et ne pas déclarer que la souffrance est insupportable et sans remède ? Une acceptation sociale, même apparemment limitée, de l’euthanasie signifierait que ces efforts sont considérés comme vains et que les soignants pourraient tout aussi bien s’en dispenser. Elle distendrait ou briserait le ressort même des soins palliatifs.
Ceux qui se consacrent aux soins palliatifs ont besoin eux-mêmes de repères moraux et légaux fermes dans les situations où ils sont eux-mêmes assaillis par le doute ou des cas difficiles. Dans ces moments de vacillement, la mort peut être si vite donnée, et apparaître comme une délivrance pour tous ! Si l’euthanasie est légalisée, ces soignants obtiendront facilement le bénéfice de “l’exception”. La société peut fermer les yeux. Mais on ne tue pas impunément un homme. On reste profondément marqué par un tel acte, dans son être personnel et sa manière d’agir.
A affaiblir les repères les plus fondamentaux de l’agir humain, ne mettons-nous pas en danger tous ces soignants auxquels nous confions, ou abandonnons, les grands malades, les mettant ainsi en rapport quotidien, et dangereux avec la mort ?
Portons attention sur l’interdit du meurtre et son rôle de fondement de la vie en société, tout spécialement en ce qui concerne la protection des personnes vulnérables.
N’oublions pas que les soins palliatifs mettent les professionnels de la santé au contact de la maladie grave et de la mort. Ils exigent, pour le traitement de la douleur, plus encore pour l’atténuation de la souffrance morale, une grande proximité, qui met les soignants eux-mêmes à l’épreuve.
Que nos prières accompagnent ces acteurs de soins palliatifs faisant preuve jour après jour, d’”engagement solidaire”.
Chaque jours, nos bonheurs comme nos échecs nous ramènent en ce lieu même de notre humanité : la fragilité. Nous aimons en éprouvons des désirs et des sentiments –quoi de plus fragiles ? Pourtant, c’est là que nous fondons, tous, nos existences : amour, amitié, création, profession. Ainsi serait-il plus juste de dire que nous souhaitons être soignés, soulagés, accompagnés, soutenus en cette humanité plutôt que de proclamer un “droit à la santé”. Quand nous ne pourrons plus nous défendre, qui témoignera pour notre humanité ? Nous sommes nés de la chair et “d’en haut”, indissociablement. Personne ne peut nous retirer cette marque de fabrique. L’alliance entre les humains ne peut être brisée parce que nous serions trop indigents aux yeux des bien portants.
En fin, se rappeler que la vraie dignité, l’authentique liberté seraient pour quelques-uns dans le choix de sa mort. Ce que je ne crois pas. La dignité et la liberté sont d’abord du côté de celles et ceux –nombreux- qui, chaque jour, se battent pour que la vie demeure vivante jusque dans le mourir.
La dignité, c’est avant tout vouloir vivre, comme nous sommes, cabossés, d’une façon ou d’une autre. En toutes circonstances, y compris en oeuvrant pour que la dignité des plus faibles soit protégée, restaurée. L’humain est mystère, ni réductible à sa maladie, ni à sa seule raison. Honorons le labeur difficile et discret des proches, des soignants, des visiteurs qui, opiniâtrement, rendent réelle, en tout homme, la trace de la transcendance dans son corps de chair.
Pas d’acharnement, rien d’autre que le désir de l’infini respect pour le souffle ténu du vivant. Aimer : l’amour, ce qui rend juste et vraie la raison…une obstination à travers mille combats
Annick
- Ceci est une opinion personnelle de ta part Annick, chaque être peut reagir d’une façon différente, toutes décisions DOIVENT être respectées et plus largements dans des cas comme celui de Chantal Sébire .
Son insistance à la mort était très bien réfléchie, en toute conscience.
Chaque être humain MENE sa VIE comme il l’entend, pourquoi et au nom de quoi ou de qui ne pourrait-il pas en décider pour y mettre fin ?!?!?
Ne nous perdons dans de multiples ressentiments de la part des corps de métiers, de la justice, des lois, …… Regardons simplement et comprenons les cris douloureux d’une personne pour qui la vie se résume à ne plus pouvoir apeller cela : VIE mais plutôt : PURGATOIRE entre la vie et la mort !!
Choisir et désirer mourrir rend une personne - Digne - dans le choix de ses actes.
Si ce voeux de dignité est le plus cher, pourquoi l’interdire ?
” - LE DROIT DE VIVRE - LE DROIT DE MOURRIR : ACCEPTER LA VOLONTE OU LA DERNIERE VOLONTE .”
Je suis d’accord avec toi, Annick; pour avoir vécu une longue et très pénible agonie de mon époux (la mort “à petits feux” comme me disait le médecin) je peux témoigner qu’au delà du caractère insupportable de la souffrance, chaque heure de cette fin de vie a eu son importance: les pas les plus difficiles qu’il avait à faire, les choses les plus difficiles à dire, ne sont sorties que les tout derniers jours, et même pour certaines, au tout tout dernier moment….alors? alors j’ai compris..j’ai compris pourquoi Dieu avait attendu jusque là, pourquoi Lui et Lui seul connaît le jour et l’heure, et combien chacune des minutes de notre vie a un prix infini à ses yeux…fut-elle infiniment douloureuse pour la personne et pour son entourage….
Je découvre votre blog un peu tard (le vendredi saint est passé) mais puis-je vous suggérer une vidéo sur la Passion du Christ (cliquez sur mon pseudo ci dessus) : il s’agit de la musique “Via Dolorosa” de Sandi Patty sur un extrait vidéo du film de Mel Gibson. Les paroles et leur traduction sont sur le billet.
21/03/2008 à 14:48
Très belle vidéo, et très belle chanson !
” - JOYEUSES FETES DE PAQUES !! “….
….A vous, cher(e)s intervenant(e)s,… Et à toi également Bruno.
Avec un GRAND AMAS pour vous toutes & tous !
~Miss14 ~
21/03/2008 à 21:51
C’est un jour sévère que le Vendredi saint.
La croix, oui, la croix est le signe de cette mort infamante de Jésus. Mais la croix ne doit toutefois pas prévaloir sur le Crucifié ! Ce n’est pas la croix qui rend grand celui qui y est pendu, mais c’est Jésus qui rachète et donne sens à la croix, de sorte que tous les hommes qui connaissent cette situation de souffrance et de honte, de malédiction et d’anéantissement puissent trouver Jésus à leur côté. Pour moi, la réalité de toute croix est une énigme, que Jésus fait devenir mystère : dans un monde injuste, le juste ne peut qu’être rejeté, persécuté, condamné. Jésus - parce qu’il a voulu “rester juste”, solidaire avec les victimes- a dû connaître ce choc de l’injustice du monde contre lui. Je comprends alors que la passion-mort de Jésus est un évènement de gloire pour Lui : la gloire de celui qui a aimé jusqu’à la fin, la gloire de celui qui meurt condamné pour avoir cherché à raconter, à travers son existence, que Dieu est miséricorde, qu’il est amour. La croix : le lieu où Jésus a rendu Dieu “bonne nouvelle” pour tous les pêcheurs !
Je suis appelée en ce jour, à apprendre à soutenir le scandale de la croix, sans rejeter les fautes sur l’autre, certaine que la croix de chaque juste met en évidence une raison pour laquelle il vaut la peine de donner sa vie. Car ce n’est que si j’ai une raison pour laquelle il vaut la peine de donner sa vie que j’ai aussi une raison pour laquelle il vaut la peine de vivre.
Annick
24/03/2008 à 5:07
C’est très beau ce que tu viens d’écrire Annick. Les mots sont encore plus justes et choisis que d’habitude !
“Ce n’est pas la croix qui rend grand celui qui y est pendu, mais c’est Jésus qui rachète et donne sens à la croix” : comme c’est vrai, incontournable et fondateur…
La Croix en elle-même est un outil de torture et de mort, et à ce titre elle fait honte à l’humanité. Il fallait la toute puissance de Dieu, le tout amour de Jésus pour transformer cette “énigme” en “mystère”, pour que l’on puisse sans honte porter ce signe avec fierté, avec confiance, avec foi dans sa capacité à nous rappeler que c’est une voie de bien, d’amour, de relations attentives qu’il nous est demandé de suivre.
Ce clip est à la fois monstrueux et superbe… par delà l’horreur, il peut y avoir l’espoir. Mais ce n’est pas n’importe quelle horreur ou souffrance (en soi la souffrance n’a rien de bon, elle n’est pas à rechercher à mon avis) ; “ce n’est que si j’ai une raison pour laquelle il vaut la peine de donner sa vie que j’ai aussi une raison pour laquelle il vaut la peine de vivre” écris-tu avec tant de justesse : c’est une horreur ou une souffrance qui nous ouvre aux autres.
Depuis une semaine, l’actualité nous renvoie à proximité un exemple d’horreur et de souffrance qui pose la question de l’euthanasie. Comment ne pas rejoindre ces deux sujets ? Comment ne pas rechercher par ce Vendredi Saint une réponse à cette question si difficile, si intime, si humaine ?
Jean-Paul
24/03/2008 à 21:36
Très belle vidéo !! merci Bruno !!
sophie
24/03/2008 à 22:33
Le commentaire de Miss 14 du 20 mars concernant Madame Sebire m’a provoqué des remouds !
La mort fait parler d’elle. Il est fondamental de trouver la délicatesse des mots, car la douleur est là. Comment répondre aux différentes situations de fin de vie ?
D’abord rien ne peut suppléer à la conscience personnelle. Certes, le débat en équipe, la parole du patient, l’écoute de la famille sont essentiels. Demeure qu’à un moment il faut trancher. Et non se retrancher -ni derrière la loi, ni davantage derrière le “désir” du patient. Choisir, afin de répondre de la dignité inaliénable de l’autre, du malade, du mourant. Ensuite, la société fabrique un mythe : le “droit à la santé”, la “qualité de la vie”. La qualité de vie, c’est comme les vœux du nouvel an : chacun de nous les décline à sa façon. Est-ce pouvoir marcher ? Parler ? Se nourrir ? Travailler ? Comment dire une commune référence ?
Certaines altérations du corps ou des capacités mentales sont tellement contraires à l’image idéale de l’homme qu’il paraît (tant qu’on est en bonne santé) préférable de mourir que d’en être atteint. Mais cela même invite à s’interroger sur l’origine des demandes de mort. Comment celles-ci ne seraient-elles pas renforcées, ou même suscités, par les peurs, les doutes et parfois les réactions de répulsion de l’entourage, ainsi que par des campagnes d’opinion ?
Et comment juger du caractère “insupportable” d’une fin de vie, alors que l’on sait qu’une telle appréciation est aujourd’hui faite lorsque, une fois la mort annoncée, le malade continue à vivre plus longtemps que prévu ? Insupportable pour qui ? Pour la famille et l’équipe soignante, projetant cette souffrance sur le malade lui-même ? On parle aussi de consentement. Consentement de qui ? Du malade. Mais on peut s’interroger sur “l’authenticité” et le caractère strictement personnel de cette demande dans les cas où l’entourage ne supporte plus la longueur de la “fin de vie”.
Comment déterminer les cas rares ? Le droit peut-il définir l’exception ? Quelle difficulté d’instruire dans le droit des limites, dès lors que le repère majeur qu’est l’interdit du meurtre est remis en question.
Plus inquiétant encore, le Comité consultatif national d’éthique a approuvé l’euthanasie dans le cas où “la personne irrémédiablement privée de capacités relationnelles a demandé à ne pas voir sa vie prolongée”. On a vite fait d’affirmer cette perte de capacités relationnelles. Et la “démence” fait peur. Bien des personnes en bonne santé en viendraient à signer de tels “testaments de vie “! si ceux-ci étaient légalement reconnus et faisaient place à la demande de mort. Une pression sociale s’instaurerait sans doute à ce propos ; ce qui permettrait de mettre fin à la vie lorsque la personne ne serait plus à même d’exprimer un jugement, même en l’absence d’une véritable souffrance. Combien de fois n’entendons-nous pas désormais des personnes avancées en âge ou dans la maladie ou en invalidité dire : “Je ne sers plus à rien ; je suis devenu un poids pour vous et pour la société.” Allons-nous approuver leurs propos et pousser ainsi “délicatement” vers la mort ? Il vaut mieux qu’il meure !
.
L’euthanasie représenterait un complément des soins palliatifs. Un tel raisonnement est illusoire.
Les soins palliatifs, discipline médicale, doivent être développés, le seul problème réside dans l’affectation de ressources suffisantes. Quant aux professionnels de santé et à ceux qui se rendent proches des grands malades, ils peuvent, eux aussi, éprouver les émotions les plus diverses (des réactions peuvent être intenses et aller jusqu’au souhait de la mort) au contact de corps altérés par la maladie, les séquelles des traitements médicaux ou la grande vieillesse. C’est un engagement de leur personne qui est alors requis, un sens aigu de la compassion et de la solidarité, une conscience de la valeur de toute personne humaine, quelles que soient les altérations qu’elle a subies et les doutes qui l’assaillent sur le sens des jours qui lui restent à vivre. L’interdit du meurtre est alors le mur auquel chacun peut s’adosser pour résister à la violence de ses sentiments qui agitent le cœur humain en de telles circonstances. Mais pour être opérant et remplir sa fonction, l’interdit doit être posé fermement par la société et intériorisé par chacun de ses membres
Sans un tel ressort, comment faire face et ne pas déclarer que la souffrance est insupportable et sans remède ? Une acceptation sociale, même apparemment limitée, de l’euthanasie signifierait que ces efforts sont considérés comme vains et que les soignants pourraient tout aussi bien s’en dispenser. Elle distendrait ou briserait le ressort même des soins palliatifs.
Ceux qui se consacrent aux soins palliatifs ont besoin eux-mêmes de repères moraux et légaux fermes dans les situations où ils sont eux-mêmes assaillis par le doute ou des cas difficiles. Dans ces moments de vacillement, la mort peut être si vite donnée, et apparaître comme une délivrance pour tous ! Si l’euthanasie est légalisée, ces soignants obtiendront facilement le bénéfice de “l’exception”. La société peut fermer les yeux. Mais on ne tue pas impunément un homme. On reste profondément marqué par un tel acte, dans son être personnel et sa manière d’agir.
A affaiblir les repères les plus fondamentaux de l’agir humain, ne mettons-nous pas en danger tous ces soignants auxquels nous confions, ou abandonnons, les grands malades, les mettant ainsi en rapport quotidien, et dangereux avec la mort ?
Portons attention sur l’interdit du meurtre et son rôle de fondement de la vie en société, tout spécialement en ce qui concerne la protection des personnes vulnérables.
N’oublions pas que les soins palliatifs mettent les professionnels de la santé au contact de la maladie grave et de la mort. Ils exigent, pour le traitement de la douleur, plus encore pour l’atténuation de la souffrance morale, une grande proximité, qui met les soignants eux-mêmes à l’épreuve.
Que nos prières accompagnent ces acteurs de soins palliatifs faisant preuve jour après jour, d’”engagement solidaire”.
Chaque jours, nos bonheurs comme nos échecs nous ramènent en ce lieu même de notre humanité : la fragilité. Nous aimons en éprouvons des désirs et des sentiments –quoi de plus fragiles ? Pourtant, c’est là que nous fondons, tous, nos existences : amour, amitié, création, profession. Ainsi serait-il plus juste de dire que nous souhaitons être soignés, soulagés, accompagnés, soutenus en cette humanité plutôt que de proclamer un “droit à la santé”. Quand nous ne pourrons plus nous défendre, qui témoignera pour notre humanité ? Nous sommes nés de la chair et “d’en haut”, indissociablement. Personne ne peut nous retirer cette marque de fabrique. L’alliance entre les humains ne peut être brisée parce que nous serions trop indigents aux yeux des bien portants.
En fin, se rappeler que la vraie dignité, l’authentique liberté seraient pour quelques-uns dans le choix de sa mort. Ce que je ne crois pas. La dignité et la liberté sont d’abord du côté de celles et ceux –nombreux- qui, chaque jour, se battent pour que la vie demeure vivante jusque dans le mourir.
La dignité, c’est avant tout vouloir vivre, comme nous sommes, cabossés, d’une façon ou d’une autre. En toutes circonstances, y compris en oeuvrant pour que la dignité des plus faibles soit protégée, restaurée. L’humain est mystère, ni réductible à sa maladie, ni à sa seule raison. Honorons le labeur difficile et discret des proches, des soignants, des visiteurs qui, opiniâtrement, rendent réelle, en tout homme, la trace de la transcendance dans son corps de chair.
Pas d’acharnement, rien d’autre que le désir de l’infini respect pour le souffle ténu du vivant. Aimer : l’amour, ce qui rend juste et vraie la raison…une obstination à travers mille combats
Annick
25/03/2008 à 1:39
- Ceci est une opinion personnelle de ta part Annick, chaque être peut reagir d’une façon différente, toutes décisions DOIVENT être respectées et plus largements dans des cas comme celui de Chantal Sébire .
Son insistance à la mort était très bien réfléchie, en toute conscience.
Chaque être humain MENE sa VIE comme il l’entend, pourquoi et au nom de quoi ou de qui ne pourrait-il pas en décider pour y mettre fin ?!?!?
Ne nous perdons dans de multiples ressentiments de la part des corps de métiers, de la justice, des lois, …… Regardons simplement et comprenons les cris douloureux d’une personne pour qui la vie se résume à ne plus pouvoir apeller cela : VIE mais plutôt : PURGATOIRE entre la vie et la mort !!
Choisir et désirer mourrir rend une personne - Digne - dans le choix de ses actes.
Si ce voeux de dignité est le plus cher, pourquoi l’interdire ?
” - LE DROIT DE VIVRE - LE DROIT DE MOURRIR : ACCEPTER LA VOLONTE OU LA DERNIERE VOLONTE .”
~Miss14 ~
25/03/2008 à 14:22
Je suis d’accord avec toi, Annick; pour avoir vécu une longue et très pénible agonie de mon époux (la mort “à petits feux” comme me disait le médecin) je peux témoigner qu’au delà du caractère insupportable de la souffrance, chaque heure de cette fin de vie a eu son importance: les pas les plus difficiles qu’il avait à faire, les choses les plus difficiles à dire, ne sont sorties que les tout derniers jours, et même pour certaines, au tout tout dernier moment….alors? alors j’ai compris..j’ai compris pourquoi Dieu avait attendu jusque là, pourquoi Lui et Lui seul connaît le jour et l’heure, et combien chacune des minutes de notre vie a un prix infini à ses yeux…fut-elle infiniment douloureuse pour la personne et pour son entourage….
27/03/2008 à 21:56
Je découvre votre blog un peu tard (le vendredi saint est passé) mais puis-je vous suggérer une vidéo sur la Passion du Christ (cliquez sur mon pseudo ci dessus) : il s’agit de la musique “Via Dolorosa” de Sandi Patty sur un extrait vidéo du film de Mel Gibson. Les paroles et leur traduction sont sur le billet.