Il était une fois un vieux monastère en déclin. Des siècles plus tôt, il avait connu la prospérité, et avait eu une grande influence dans le royaume.
Mais, maintenant, seuls cinq moines y vivaient, et commençaient à se faire vieux. Il apparaissait manifeste que l’ordre était en train de mourir.
A quelques kilomètres de là vivait un vieil ermite que beaucoup considéraient comme un prophète. Un jour, les moines se décidèrent à lui rendre visite pour voir s’il ne pourrait pas leur prodiguer quelques conseils. Peut-être serait-il en mesure de leur prédire le futur et de leur dire comment ils pourraient sauver leur monastère.
L’ermite accueillit les cinq moines dans sa hutte, mais quand ils lui expliquèrent le but de leur visite, il ne put que les plaindre : « Oui, je comprends », dit-il, « L’esprit a quitté le peuple. Personne ne s’intéresse plus aux vieilles choses ».
« Pourriez-vous nous dire quelque chose », reprit l’abbé, « qui pourrait nous aider à sauver le monastère ? »
« Non, je suis désolé », dit l’ermite, « je ne vois pas comment il faut faire pour sauver votre monastère. La seule chose que je puisse vous dire est que l’un de vous est un apôtre de Dieu ».
Les moines furent à la fois déçus et intrigués par les propos de l’ermite. Ils regagnèrent le monastère, se demandant ce que l’ermite avait bien voulu dire en affirmant : « L’un de vous est un apôtre de Dieu ». Pendant des mois, ils réfléchirent à la signification de cette phrase mystérieuse.
« L’un de nous est un apôtre de Dieu » méditaient-ils. « Cela signifie-t-il que l’un de nous, au monastère, serait un apôtre de Dieu ? Cela est impossible. Nous sommes trop vieux, trop insignifiants. Mais, d’un autre point de vue, supposons que ce soit vrai ? Si c’était vrai, lequel de nous serait alors l’apôtre de Dieu ? Supposons que ce soit le père abbé. Oui, si cela devait être quelqu’un, ce serait probablement lui. Il est notre chef depuis des années. Mais, l’ermite a peut-être voulu désigner Frère Thomas. Frère Thomas est un saint homme – un homme de sagesse et de lumière. Pourrait-il avoir désigné Frère Tancred. Frère Tancred est parfois curieux et il est difficile de raisonner avec lui ; mais il faut reconnaître que c’est presque toujours lui qui a raison. Peut-être l’ermite voulut-il désigner Frère Philippe. Certes Frère Philippe est très passif, très timide. Pourtant, il est toujours là quand on a besoin de lui. Il est loyal et digne de confiance. Mais, finalement peut-être l’ermite a-t-il voulu me désigner, moi. Mais je suis juste un homme ordinaire. Non, oh Dieu, pas moi. Je ne pourrais être tant pour vous. Ou finalement le pourrais-je ? »
A force de méditer ainsi, les vieux moines commencèrent à se traiter les uns les autres avec un extraordinaire respect. Et comme il se pouvait finalement que chacun d’entre eux soit cet apôtre de Dieu dont l’ermite avait parlé, chacun des moines commença aussi à se traiter lui-même avec un extraordinaire respect.
Le monastère était situé dans une belle forêt. Beaucoup de gens venaient pique-niquer sur l’herbe et marcher dans les allées qui jouxtaient le monastère. Certains même rentraient dans la petite chapelle. En le faisant, sans même s’en rendre compte, les visiteurs devenaient de plus en plus sensibles à l’atmosphère de respect mutuel qui entourait les cinq moines, et qui irradiait d’eux. Il y avait ainsi quelque chose de curieusement attractif dans leur comportement. Insensiblement, les gens devinrent de plus en plus nombreux à venir au monastère pour pique-niquer, pour jouer, pour prier. Les gens amenaient leurs amis, qui, eux-mêmes, amenaient leurs amis.
Des jeunes hommes commencèrent à parler aux moines. Un jour l’un d’eux demanda à les rejoindre. Puis un autre ; puis un autre encore. En quelques années, le monastère avait retrouvé son allant et son dynamisme, et, grâce au don de l’ermite, il était redevenu un centre vibrant de lumière et de spiritualité dans le royaume.
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J’aime vraiment beaucoup cette histoire.
Quelquefois, comme les vieux moines, nous nous demandons : « Comment pouvons-nous attirer davantage de jeunes à notre groupe ? Comment pourrions-nous lui donner plus de vie, plus de spiritualité ? » La réponse vient peut-être du regard que nous nous portons mutuellement.
Quelle atmosphère allons-nous créer ? Nous traitons les uns les autres avec un extraordinaire respect ? Acceptons-nous de passer sur des maladresses ?
On trouve au chapitre 17 de l’évangile selon St Jean la prière de Jésus pour ses disciples et tous les siens, aujourd’hui pour vous et pour moi : « Qu’ils soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21).
Je vous souhaite une excellente journée. Priez les uns pour les autres. Racontez-nous votre journée et comment elle sera (ou comment elle aura été) l’occasion de réaliser la prophétie de l’ermite. Car cette prophétie est encore actuelle. Je le sens : aujourd’hui, parmi les lecteurs, se trouve un apôtre de Dieu !!
QDVB !!
Bruno